poésie du royaume

Le Loup et l'Agneau

Jean de La Fontaine

29 vers · CE2 · environ 30 min par soir

Le texte

La raison du plus fort est toujours la meilleure : Nous l'allons montrer tout à l'heure. Un Agneau se désaltérait Dans le courant d'une onde pure. Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure, Et que la faim en ces lieux attirait. « Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? Dit cet animal plein de rage : Tu seras châtié de ta témérité. — Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté Ne se mette pas en colère ; Mais plutôt qu'elle considère Que je me vas désaltérant Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous d'Elle, Et que par conséquent, en aucune façon, Je ne puis troubler sa boisson. — Tu la troubles, reprit cette bête cruelle, Et je sais que de moi tu médis l'an passé. — Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ? Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère. — Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. — Je n'en ai point. — C'est donc quelqu'un des tiens : Car vous ne m'épargnez guère, Vous, vos bergers et vos chiens. On me l'a dit : il faut que je me venge. » Là-dessus, au fond des forêts Le Loup l'emporte, et puis le mange, Sans autre forme de procès.

J'apprends ma poésie

Lis le poème à voix haute, deux fois, tranquillement.

La raison du plus fort est toujours la meilleure :

Nous l'allons montrer tout à l'heure.

Un Agneau se désaltérait

Dans le courant d'une onde pure.

Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,

Et que la faim en ces lieux attirait.

« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?

Dit cet animal plein de rage :

Tu seras châtié de ta témérité.

— Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté

Ne se mette pas en colère ;

Mais plutôt qu'elle considère

Que je me vas désaltérant

Dans le courant,

Plus de vingt pas au-dessous d'Elle,

Et que par conséquent, en aucune façon,

Je ne puis troubler sa boisson.

— Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,

Et je sais que de moi tu médis l'an passé.

— Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?

Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.

— Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.

— Je n'en ai point. — C'est donc quelqu'un des tiens :

Car vous ne m'épargnez guère,

Vous, vos bergers et vos chiens.

On me l'a dit : il faut que je me venge. »

Là-dessus, au fond des forêts

Le Loup l'emporte, et puis le mange,

Sans autre forme de procès.

La fiche à imprimer

Deux pages : le texte complet avec les mots expliqués, puis la version à trous, un cadre pour illustrer le poème et une grille de récitation sur cinq soirs.

Les mots à comprendre

  • se désaltérait : buvait pour n'avoir plus soif.
  • onde : l'eau qui coule.
  • à jeun : sans avoir mangé.
  • témérité : un courage un peu fou.
  • tu médis : tu as dit du mal.

Ce que raconte le poème

Le Loup cherche des excuses pour manger l'Agneau. Rien n'est vrai, mais peu importe : le Loup est le plus fort. Morale : le fort trouve toujours une raison contre le faible. Il faut savoir se défendre, et surtout défendre les plus petits.

L'astuce de Maître Charlemagne

C'est un dialogue : entraîne-toi à deux, un joue le Loup (grosse voix), l'autre l'Agneau (voix douce).

Autres poésies à découvrir