La Guerre des boutons
Louis Pergaud — 1882-1915, auteur français
CM2 · difficulté ★★★ · 30 min par jour · environ 140 pages · 30 points
L'histoire en quelques mots
Deux villages d'enfants se livrent une drôle de guerre. Les prisonniers perdent leurs boutons comme trophées, jusqu'à ce qu'un événement change tout.
Le texte à lire
Deux villages se faisaient face au fond de la même vallée : Longeverne d'un côté de la rivière, Velran de l'autre. Les grandes personnes se saluaient au marché, se vendaient des œufs et des sacs de pommes de terre, et ne se disputaient à peu près jamais. Mais les enfants, eux, se détestaient depuis toujours, et personne n'aurait su dire depuis quand ni pourquoi.
Leur guerre ne se livrait pas avec de vraies armes. Elle se livrait avec des poings, des mottes de terre, des marrons ramassés sous les arbres du chemin creux, et surtout avec beaucoup de cris, de courses et de courage. On se donnait rendez-vous après l'école, dans les champs qui descendent vers la rivière, et l'on s'y battait jusqu'à la nuit tombante.
La règle la plus terrible était celle des boutons. Quand un camp capturait un ennemi, il ne le gardait pas prisonnier : il lui coupait tous les boutons de ses habits. Ceux de la veste, ceux de la chemise, ceux du pantalon, et jusqu'aux bretelles. Le vaincu devait rentrer chez lui en tenant ses vêtements à deux mains, tête basse, honteux devant tout le village. Les mères s'emportaient, criaient, recousaient à la lueur de la lampe en promettant des punitions terribles. Mais dans le camp des vainqueurs, la boîte à boutons grossissait, et c'était le plus beau des trésors.
Le chef des Longeverne s'appelait Lebrac. C'était un garçon rusé, vif, toujours le premier à charger et le dernier à reculer. Il dessinait ses plans de bataille sur son cahier d'écolier, entre deux dictées, et il avait installé le quartier général de sa bande dans une cabane construite au fond du bois, avec des planches volées à la scierie. En face, le chef des Velran, qu'on surnommait l'Aztec, était tout aussi fier et tout aussi difficile à battre.
Un après-midi d'automne, la bataille tourna mal. Les Velran avaient tendu une embuscade près du gué. Les Longeverne durent battre en retraite en traversant la rivière, trempés jusqu'aux genoux, et deux d'entre eux y laissèrent leurs boutons. Lebrac jura qu'on se vengerait dès le lendemain.
Mais le lendemain, personne ne se battit. Au matin, une nouvelle courut de ferme en ferme : un petit garçon de Velran, le plus jeune de la bande, n'était pas rentré la veille au soir. On avait cherché toute la nuit avec des lanternes, on avait fouillé les granges, on avait appelé son nom jusqu'à s'en casser la voix.
Lebrac écouta la nouvelle sans rien dire. Puis il rassembla les siens dans la cour de l'école. « C'est un Velran, dit quelqu'un. Ça nous regarde pas. » Lebrac le regarda longuement. « Il a sept ans, répondit-il. Il connaît pas les bois. Ça nous regarde. »
Les deux bandes se retrouvèrent au bord de la rivière, mais cette fois sans marrons ni mottes de terre. Elles se partagèrent la vallée : les Velran remonteraient vers la scierie, les Longeverne descendraient vers les saules. On chercha jusqu'au milieu de l'après-midi. Ce fut Lebrac qui le trouva, endormi de fatigue et de froid, roulé en boule dans un creux de berge, entre deux racines de saule. Il l'enveloppa dans sa propre veste — une veste sans un seul bouton — et le rapporta sur son dos jusqu'au village.
Ce soir-là, les deux bandes restèrent longtemps assises côte à côte sur le muret, sans savoir quoi se dire. Ils comprenaient tous confusément la même chose : les vraies batailles ne se livrent pas contre les voisins, mais contre la peur, contre le froid, contre l'égoïsme qui vous fait dire « ça nous regarde pas ».
Le lendemain, à l'école, le maître fit une leçon dont personne ne se souvient. Ce dont tout le monde se souvient, c'est que le petit de Velran, remis de sa nuit, vint attendre Lebrac à la sortie pour lui rendre sa veste, lavée et repassée par sa mère — avec, cousus dessus, six boutons neufs.
On fit la paix. Lebrac et l'Aztec se serrèrent la main devant témoins, et l'on décida solennellement que les boîtes à boutons seraient rendues à leurs propriétaires. La paix dura tout l'hiver. Elle aurait peut-être duré toujours, si au printemps un Velran n'avait pas traité un Longeverne de froussard, un jour de récréation.
Fin du récit adapté
Les mots à comprendre
- villageois : habitant d'un village
- prisonnier : personne capturée par l'ennemi
- trophée : objet pris à l'ennemi pour montrer sa victoire
- querelle : dispute entre deux groupes
- égoïsme : fait de ne penser qu'à soi
Le quiz du rallye lecture
Question 1/5Comment les enfants mènent-ils leur guerre ?
La fiche à imprimer
Deux pages : la fiche d'identité du livre, les mots à comprendre, le questionnaire de compréhension, un cadre pour dessiner son personnage préféré, « mon avis » et le corrigé pour l'adulte.
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