Le Tour du monde en 80 jours
Jules Verne — 1828-1905, auteur français
CM2 · difficulté ★★★ · 30 min par jour · environ 150 pages · 30 points
L'histoire en quelques mots
Phileas Fogg parie qu'il peut faire le tour du monde en quatre-vingts jours. Avec son valet Passepartout, il affronte trains, bateaux et imprévus.
Le texte à lire
Phileas Fogg, gentleman londonien, vivait comme une horloge. Il se levait à huit heures, déjeunait à onze heures trente, quittait sa maison de Savile Row à onze heures quarante-cinq et poussait la porte du Reform Club à midi précis. Il n'était jamais en retard d'une minute, et personne ne l'avait jamais vu pressé. Nul ne savait d'où venait sa fortune, ni s'il avait une famille. On savait seulement qu'il jouait au whist tous les soirs et qu'il détestait le désordre.
Ce jour-là, il venait justement de renvoyer son domestique pour lui avoir apporté son eau à barbe à quatre-vingt-quatre degrés au lieu de quatre-vingt-six. Le nouveau se présenta l'après-midi même : un Français au visage rond et joyeux, ancien acrobate, ancien pompier, qui s'appelait Jean Passepartout et qui cherchait, disait-il, une vie enfin tranquille.
Le soir, au Reform Club, la conversation roula sur un article de journal. On venait d'inaugurer une nouvelle ligne de chemin de fer en Inde, et le journal affirmait qu'il était désormais possible de faire le tour du monde en quatre-vingts jours. Les messieurs du club rirent : sur le papier, peut-être, mais dans la réalité, il y avait les tempêtes, les naufrages, les trains en panne, les correspondances manquées.
« Le papier ne ment pas », dit Fogg de sa voix calme. Et comme on insistait, il ajouta : « Je le fais en quatre-vingts jours. Je parie vingt mille livres, la moitié de ma fortune. » Le pari fut accepté séance tenante. Fogg regarda la pendule du club, nota l'heure sur son carnet, rentra chez lui et réveilla Passepartout : « Nous partons dans dix minutes. Pour le tour du monde. »
Le pauvre garçon, qui rêvait de tranquillité, boucla un sac contenant deux chemises et trois paires de bas, et n'eut pas le temps de comprendre qu'il était déjà dans le train de Douvres.
Ce fut un voyage extraordinaire. Ils prirent des trains, des paquebots, une goélette, un traîneau à voile sur les plaines gelées d'Amérique, et même un éléphant, acheté à prix d'or en Inde parce que la fameuse voie ferrée du journal n'était en réalité pas terminée. Fogg traversa tout cela sans jamais s'émouvoir, consultant son carnet, comparant les heures d'arrivée aux heures prévues, comme un comptable additionne des colonnes.
C'est en Inde qu'ils sauvèrent Aouda. La jeune femme, veuve d'un rajah, allait être sacrifiée selon une coutume cruelle. Fogg, qui avait pourtant deux jours d'avance à perdre, décida qu'on ne partirait pas sans elle. Passepartout se glissa au milieu du cortège, déguisé, et l'enleva à la dernière seconde. Aouda voyagea désormais avec eux.
Une autre ombre les suivait. Un détective nommé Fix, persuadé que Fogg était le voleur qui venait de dévaliser la Banque d'Angleterre — un vol commis, il est vrai, le jour même du départ —, s'était mis à leurs trousses. Faute de mandat, il ne pouvait pas arrêter Fogg à l'étranger : alors il retarda le voyage par tous les moyens, fit manquer un bateau, enivra Passepartout dans une fumerie de Hong Kong, et attendit le sol anglais pour frapper.
Il frappa trop tard, et au mauvais moment. À peine débarqué à Liverpool, Fogg fut arrêté. Il resta enfermé plusieurs heures, immobile, pendant que les minutes du pari s'écoulaient. Quand on découvrit que le vrai voleur était pris depuis trois jours, Fix, effondré, vint le libérer en bégayant des excuses. Fogg le regarda, lui donna un coup de poing très correct, et courut au train.
Il arriva à Londres avec cinq minutes de retard sur le train prévu. Cinq minutes qui suffisaient à tout perdre. De retour chez lui, il fit ses comptes : quatre-vingt-un jours. Le pari était perdu, sa fortune envolée. Il passa la journée du lendemain dans sa chambre, sans un mot, ruiné et calme.
Le soir, Aouda lui demanda s'il accepterait de l'épouser. Fogg, pour la première fois de sa vie, parut ému, et dit oui. Passepartout partit en courant chez le pasteur pour organiser le mariage du lendemain — et revint plus vite encore, hurlant dans l'escalier : le pasteur ne pouvait pas les marier le lendemain, car le lendemain, c'était dimanche. On était donc samedi. Ils croyaient être le dimanche 22 décembre : on était le samedi 21.
En voyageant vers l'est, Fogg avait avancé chaque jour sa montre de quelques minutes, et il avait, sans s'en apercevoir, gagné une journée entière sur les fuseaux horaires de la Terre. Il lui restait exactement dix minutes.
Il courut. Il poussa la porte du Reform Club à huit heures quarante-cinq du soir, le quatre-vingtième jour, à la seconde près. Phileas Fogg avait gagné son pari. Mais, comme il le remarqua lui-même en distribuant l'argent autour de lui, il avait rapporté de ce tour du monde quelque chose de bien plus rare : l'amitié fidèle de Passepartout et l'amour d'Aouda.
Fin du récit adapté
Les mots à comprendre
- gentleman : homme de la haute société britannique
- valet : domestique personnel d'un gentleman
- paquebot : grand bateau qui transporte des voyageurs
- détective : homme qui enquête pour trouver les coupables
- fuseaux horaires : zones de la Terre où l'heure diffère
Le quiz du rallye lecture
Question 1/5Combien de jours Phileas Fogg parie-t-il pour le tour du monde ?
La fiche à imprimer
Deux pages : la fiche d'identité du livre, les mots à comprendre, le questionnaire de compréhension, un cadre pour dessiner son personnage préféré, « mon avis » et le corrigé pour l'adulte.
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